Qu'est-ce qu'une fête votive ?.

Wikipedia : Une fête votive est une fête qu'organise un village en hommage à son saint patron.
L'origine de la fête votive serait au départ religieuse.

Dictionnaire Étymologique de Robert A.Geuljans ©

Latin votum signifie "promesse solennelle faite aux dieux" et votivus "promis par un voeu; offert en exécution d'un voeu".
La fête votive est donc "la fête offerte en exécution d'une promesse solennelle faite aux dieux."
En ancien provençal existait le mot lo vot « promesse faite au ciel par laquelle on s'engage à quelque oeuvre non obligée »,
et en provençal moderne vot, vo, vou et dans l'Aveyron bouot ou bot représentent le latin votum. Dans une période plus récente,
au XVIe siècle nous trouvons en français le mot vote « vœu, prière » provenant du pluriel vota qui dans tout le Midi de la France,
de la Drôme jusqu'à la Gironde désigne « la fête patronale », Vaucluse, Languedoc voto, Toulouse boto, Aveyron et Rouergue bouoto, Gers boto.
En français l'expression fête votive est attestée depuis 1876, propre à certaines régions, notamment dans le Midi, toujours avec le sens de « fête patronale »
où le patron n'est pas un chef d'entreprise, mais le saint à qui est dédiée l'église de la paroisse!
En 2006, la relation entre la fête votive et le patron de l'église a pratiquement disparue de la conscience des gens.
J'ai demandé à plusieurs personnes à quoi leur faisait penser le mot « votive » dans cette expression. La réponse a été unanimement :
« à la mairie, aux élus, aux votes, parce que c'est la mairie qui paye! ».
Pourtant il y a toujours un rapport, à savoir les promesses non obligées: « faites au ciel » et "faites avant les élections".

Une fête votive est pour un village ce que Noël est à la famille, un moment de convivialité, d’échanges et de retrouvailles.
L’occasion de faire la fête de manger et de boire un verre enssemble.
Ce sont des festivités multi-générationnelles qui renforcent les liens sociaux et qui contribuent au bien vivre dans nos villages.

Notre association est chargée d'organiser "Li voto de Sant Aloi" (Saint Eloi).

Fêté deux fois par an , le 1er décembre, jour anniversaire de la mort de Saint Eloi, sous le nom de Saint Eloi d'hiver et le deuxiéme dimanche du mois d'aôut.

Cette fête fait partie des traditions provençales qui nous viennent de la nuit des temps. Le deuxiéme weekend d'aôut, quatre jours de fête continue du samedi après midi au mardi soir, le samedi et le dimanche course au grand galop de la "carreto ramado" (charrette garnie de buis et d'aspèrges montées) attelée en ligne d'une trentaine de chevaux de trait arnachés " à la mode Sarrasine" (collier à grande pointe multi-colore, avec pompons, plumes, miroirs, grelots)

Photos : Jean François Galeron

Historique de la Société .

L'autel de Saint Éloi dans l'église laisse penser que la confrérie de St Éloi ait existé avant 1828. Elle était alors dirigée par des prieurs.

La confrérie fut érigée en société le 12 juillet 1925.
Le premier bureau : Justinien Raffy président, Joseph et Marius Raffy, Louis et François Dinard, Joseph Gaffet, Jean Saive, Roch Guigue, Michel Coignet, Étienne Delesty et Pierre Bérard alors maire du Grès.

De 1931 à 1958 Guillaume Bérard préside la Société.
De 1958 à Février 2000 Paul Gervais. Il sera l'un des présidents fondateurs de la Fédération Alpilles Durance.
En 1990 nous renouons avec la tradition des prieurs et choisissons le nom de « Bayle » puisque comme d’autre village nous sommes en société.
C'est en 2000 que nous inaugurons l'oratoire de notre Saint patron sous la présidence de Michel Gervais.
Depuis 2000 les statuts de la Société portent la présidence à trois ans renouvelable 3 fois, Michel Gervais fit un mandat de 9 ans et laissera sa place en 2009 à Philippe Luchesi-André.

LA TRADITION :

Voici un texte tiré de la documentation écrite en 1956 par le
Mèstre-bourralié de Rougnounas Louis Mounier :

"Sant-Aloi à Sant-Estève-dòu-Grés :
Aquelo fèsto es fai lou darrié dimenche d'avoust o lou proumié dimenche de setèmbre.
La carreto, qu'es uno radello, se garnis dins lis areno emé de sause, de bouis e d'espargo,
lou dissate ; l'atalon à 4 ouro em'uno quingeno de chivau.
Après un tour de vilo, se vai au mas de Mèstre Guihaumo BERARD, à la marcho vo au trot.
Lou mètre-carretié, siblet i bouco, meno lou trin: segound si cop de siblet, li chivau marchon, courron, s'arrèston...
Quand s'arrivo au mas, la Carreto fai lou tour de la cour, s'arrèsto davans la porto;
tres tambour n'en davalon e jogon lis aubado à mèstre Berard, presidènt de la Soucieta,
Se bèu, e se bèu bèn; pensas que sian à 3 Km dòu Gres...
Lou dimenche de matin, apoundon de flour en papié e de drapèu à la Carreto;
à 8 ouro, grand dejuna: de mouloun de charcutarié, de cousteleto e móutoun e porc, de trancho de vedèu, de meloun, etc...
Pièi s'atalo, e se part pèr la vilo ounte s'espèro que la messo finigue:
sorton alor lou Sant, lou curat fai uno dicho, se distribuïs li tourtihado e li drapèu,
se benis li bèsti e se part, musico en tèsto, dins lou Gres:
salut au mounumen di Mort, pièi, de la Coumuno à la Glèiso,
se fai lou grand trot; es belèu la Carreto que vai, de tòuti, lou plus vite..."

Traduction :

« Saint Éloi à st Étienne du Grès :

Cette fête se déroule le dernier dimanche d’Août ou le premier dimanche de septembre.
La charrette est une grande fenière décorée dans les arênes avec du saule, du buis et de l’asperge montée.
Le samedi  on attèle à seize heures une quinzaine de chevaux de trait et après un tour de ville,
l’attelage se dirige vers le Mas de Monsieur Guillaume Berrard en marchant ou au trot .
Le chef charretier sifflet à la bouche donne ses ordres et suivant les coups de sifflet l’attelée marche , court, s’arrête…
A son arrivée au mas la charrette fait le tour de la cour et s’arrête devant la porte,
trois tambours en descendent pour jouer l’aubade en l’honneur de Monsieur Bérard, président de la société,
puis on boit et on boit bien. Pensez nous sommes à trois kilomètres du Grès… Le dimanche matin, on accroche des fleurs en papier et des drapeaux à la charrette ;
à huit heures grand déjeuner : on y sert toutes sortes de charcuterie, des côtelettes d’agneau, de porc et des tranches de veau, du melon, etc…
Puis on attelle et on part pour la ville, où on attend que la messe soit finie : on sort alors le Saint,
le curé fait son sermon, on distribue les tortillades et les drapeaux, les chevaux sont bénis et on part musique en tête dans le Grès ,
salut au monument aux morts, puis le parcours de la mairie à l’église se fait le grand trot ;
et c’est peut- être, de toutes les charrettes , celle qui va le plus vite… »

Nous laissons à M. Mounier la responsabilité de ses écrits, mais on voit qu'en 60 ans très peu de chose ont changé !  Seules les dates de la fête sont passées du dernier au deuxième dimanche d'août au début des années 60. Si vous cherchez du saule dans la charrette vous ne le verrez pas puisqu'il fait référence aux branches qui formaient les pointes de la charrette qui sont aujourd'hui en PVC.



Origine des fêtes de saint Éloi ??

On ne sait pas exactement quand a été attelée la première charrette.

Frédéric MISTRAL dit dans le "TRÉSOR DU FÉLIBRIGE" t. 1 p. 73

"Aloa, était le nom d'une fête que les laboureurs athéniens célébraient en l'honneur de Cérés et de Bacchus au temps de la moisson et des vendanges ".

On aurait à cette époque fait défiler des chars représentant une "corne d'abondance"

Serait elle une parente éloignée de la fête médiévale qui se fête encore dans le village contadin de Mazan (mais seulement tous les 80 ans) appelée le "CARI"(char) et qui viendrait de la "fête des fous":

"Cette fête dérivait d'une ancienne fête romaine dédiée à Saturne, le dieu de l'agriculture. Pendant "Saturnalia", trois jours de fête, les tribunaux et les écoles étaient fermés et les esclaves étaient les égaux de leurs maîtres...."

Ce qui est certain, c'est que l'attelage en ligne tel que nous le pratiquons n'a été possible qu'avec le collier d'épaule, et que celui-ci, inventé par les sarrasins, n'est apparu qu'au XII ème siècle.


LA FÊTE :

Le jeudi précédant la fête , on voit partir au petit matin, une troupe d'une vingtaine d'hommes, (nombre variable ) . Ils se rendent à la montagne pour couper du buis. C'est le commencement d'une grande agitation dans le village et ce pour quatre jours, de fête, de déjeuners, d'apéritifs et de repas.

Pour fêter Saint ELOI et afin qu'il bénisse nos terres, nos chevaux et le travail des hommes, nous allons garnir la carreto ramado, que nous ferons défiler dans les rues du village, tirée par une quarantaine de chevaux, le dimanche matin, après la bénédiction donnée par le prêtre de la paroisse.

Aujourd'hui on peut dire avec "joie une quarantaine de chevaux", mais il fut un temps ou les chevaux de traits vinrent à manquer. Cette belle tradition allait s'eteindre par manque de chevaux, comme un peu partout dans la région.

C'est dans les années 1970 que le président de la confrérie de châteaurenard, Ernest Vernet eu l'idée de réunir les sociétées et confrèrie des villages alentours en une fédération. Chaque confrérie prêterait ses chevaux aux autres.

Il réunit les huit présidents des sept villages qui allaient creer la " Fédération Alpilles, Durance" . Celle-ci comptait à, l'époque Châteaurenard, qui compte deux charrettes, Graveson, Maillane, Saint-Etienne du Grès, Rognonas, Mollégès et Eyragues. Quelques années plus tard viendront les rejoindre Maussane, Barbentane, Boulbon, les Paluds-de-Noves, Noves et Saint-Remy-de-Provence

Treize villages pour Quatorze charrettes, du nord du département, regroupés sous la tutelle de la fédération , fêtent leurs Saint Patron
(Saint Eloi, Saint Roch, Saint Jean). Chaque société ou confrérie possède une charrette différente et garnie de végétaux choisis pour leurs représentativité, symbolisation ou glorification du village, ainsi ceux des bords du Rhône ont plutôt choisi des branches de saule, ceux des plaine d'ormeau, de frêne ou de peuplier . en y ajoutant fleurs( fraiches ou de papier), blé, chardons. Elles défileront chaque dimanche d'été devant une foule transportée par le caractère exeptionnel de cette tradition ancestrale.

Nous garnissons la charrette de Saint Etienne du Grès avec du buis pour représenter les Alpilles et des asperges "montées" pour la plaine(culture qui fut très répandue dans la plaine du Rhône et des Durançoles).

La forme de la charrette dite "en barque", que l'on retrouvait aussi à Saint Rémy à la fin du siècle dernier, pourrait aussi évoquer une enclume, qui ne serait pas sans rappeler l'outil et le symbole principal de notre Saint patron.
Avant la guerre de 1945 les pointes, que nous appelons aujourd'hui les "bateaux" a été mal traduit du provençal " li Batau" qui signifiait"les battant", étaient faites de grandes branches de saule et prenaient une forme arrondie dite "Anse de panier" et cette forme semblait alterner ; arrondie ou en pointe, à chaque fois que les branches de saule, qui servent d'armature, devaient être changées .

Cette forme de panier pourrait avoir une certaines relation avec la corne d'abondances des fêtes d'Aloa.

contact Email: Sant_Aloi